"Le vin est capable de fournir à l'âme de la tempérance au corps de la santé".

A Saint-Michel de Montaigne, Christian Mahler-Besse connaît bien son Montaigne viticole, celui qui a grandi ici au milieu des vignes et qui évoquait le vin dans ses« Essais». Nous sommes en Dordogne, à 3 kilomètres à peine de la Gironde. Saint-Émilion est à portée de fusil, mais les bouteilles produites sont en AOC Bergerac et non en AOC Bordeaux.

«À l'ombre de notre grand voisin, c'est plus compliqué à vendre, même si nous développons une clientèle fidèle», sourit le proprtétaire
de cette bâtisse imposante, sixième génération des Mahler-Besse aux commandes. 20 hectares de vigne au compteur, huit permanents
sur place pour s'occuper du domaine et produire quelque 40 000 bouteilles sur les trois couleurs (plus des ventes en vrac).
la gamme du Château Michel de Montaigne, vinifiée surplace, s'étire de 4 à 25 euros suivant les millésimes.

Le propriétaire le concède:« Ce lieu et son illustre ancêtre du XVI siècle sont des joyaux dont notre génération n'a pas su se servir.
Mon père faisait déguster du château-palmer (1) à table, montaigne était comme du vin de table.»Évidemment, avec un tel monument entre les mains ( coûteux à entretenir, si le projet n'est pas porté par une politique conquérante, c'est compliqué... D'autant que les Mahler-Besse, longtemps à la tête d'une maison de négoce aux Chartrons à Bordeaux - un gros atout pour écouler du vin, n'avaient pas vraiment la production de Montaigne dans leurs petits papiers ( 2 ). La mère de Christian est décédée au château, et celui qui a travaillé une partie de sa vie dans l'industrie pense à la prochaine génération:« j'espère que mes enfants feront mieux.» Nicolas, l'aîné, mène déjà carrière dans la tonnellerie. Le vin est aussi affaire de temps long.

Dans les pas de Montesquieu 

Autre défi à 60 kilomètres de là, où le Château de la Brède repart de zéro. Il est relevé par un voisin, Dominique Haverlan, enfant de Portets, au coeur de l'AOC Graves. Installé en 1981 sur 8 hectares, il en exploite désormais 140 ( propriété et fermage ) avec Vieux Château Gaubert en figure de proue.
Un bâtisseur qui écoule 700 000 bouteilles à l'année (5 à 15 euros), dont 25 % à l'export, et emploie même deux maçons pour mener de
front ses chantiers.


Refaire vivre le château de la Brède,où a vécu Montesquieu,est sa consécration Un vignoble jadis arra­ché et 5 hectares replantés en 2008.
Signature d'un bail et premier millésime en 2011. Un vin bichonné, pro­posé 28 euros pour le rouge et 20 pour le blanc. « Être dans les pas de Montesquieu est un honneur : j'ai le devoir defaire bien Un lieu pareil est rare, il faut le préserver», précise celui qui fut longtemps résident de son appellation Le nom du philosophe est sur l'étiquette, et tout le marketing toume autour de sa notoriété.


« Un travail sur cinq à dix ans, un vecteur d'image pour mon entre­prise.» la Chine, où histoire et littérature hexagonales sontprisées, a été le principal débouché des 30000 bouteilles produites en 2011. "C'est moins porteur aux États-Unis, il ne suffit pas d'un nom, même illustre.

Reste à travailler le marché français avec l'aide du négoce girondin.


Ressusciter Malagar

Pour aller au bout de sa dérnarche Dominique Haverlan va construire un cuvier spécifique pour vinifier dès 2016 son château de la brède. Le corps de ferme est prêt, à deux pas de l'immense bâtisse où est né l'auteur des Lettres persanes. Salle et boutique  pour accueillir le public sont aussi au programme. Avec le flux des visiteurs, il y a des synergies à trouver...